La foire aux questions de grammaire (15)

QUESTION 15 : Comment analyser des éléments comparatifs, dans une phrase ?


Sandrine, une candidate au CRPE, demanda à ce que nous analysassions (oui, oui : "analysassions", au subjonctif imparfait, pour respecter la concordance des temps) la citation de Marcel Pagnol qui suit :

Ce paysage, que j'avais toujours vu trembler sous le soleil, dans l'air dansant des chaudes journées, était maintenant figé, comme une immense crêche de carton.

 


ANALYSE LOGIQUE :

Ce paysage était maintenant figé, comme une immense crêche de carton : proposition principale.

Que j'avais toujours vu trembler sous le soleil, dans l'air dansant des chaudes journées : proposition subordonnée relative, explicative, épithète détachée du nom "paysage". 

On notera que, dans cette PSR, "trembler sous le soleil" est un proposition subordonnée infinitive complétive, COD du verbe "avais vu".

J'avais vu... quoi ? Que (pronom relatif, reprenant l'antécédent "paysage") trembler sous le soleil. Le verbe à l'infinitif (trembler) ayant un agent (le paysage), il s'agit bien d'une proposition, et non pas d'un simple groupe infinitif.

Le participe passé "vu" s'accorde avec "paysage" (cas du participe passé suivi d'un infinitif dont l'agent est COD du verbe conjugué. Voir ma vidéo 4 sur l'accord du participe passé).


ANALYSE GRAMMATICALE 1 :

Ce paysage : groupe nominal constitué d'un déterminant démonstratif et d'un nom commun au masculin, singulier, GS du verbe "était" (être) 

était : verbe être, à l'imparfait de l'indicatif (verbe attributif)

maintenant : adverbe, complément circonstanciel de temps du verbe être

figé : participe passé du verbe figer, utilisé dans cette phrase en tant qu'adjectif, attribut du sujet du verbe être (et s'accordant avec : paysage, masculin, singulier)

comme une immense crêche de carton : comparaison formée d'une conjonction (comme) et d'un groupe nominal (déterminant, adjectif épithète liée antéposée de crêche, nom, et groupe nominal prépositionnel, complément du nom crêche). Ces éléments de comparaison ont pour fonction : complément de l'adjectif figé

NB : Il ne s'agit pas, à proprement parler, d'une proposition subordonnée appelée "comparative", même si l'on peut arguer la possibilité d'une ellipse : "Ce paysage était maintenant figé, comme l'est une immense crêche de carton". Les grammairiens modernes sont partagés sur l'acceptation de la dénomination de "circonstancielles de comparaison", aussi appelées "comparatives", dans de tels cas.

Néanmoins, la réponse peut être acceptée à un concours. Il suffit de préciser les réserves. Je vous suggère de répondre ceci :

comme une immense crêche de carton : comparaison (pouvant être considérée comme une proposition circonstancielle "comparative" elliptique) formée ici d'une conjonction de subordination (comme) et d'une groupe nominal (déterminant, adjectif épithète liée antéposée de crêche, nom, et groupe nominal prépositionnel, complément du nom crêche). Cette "comparative" pour fonction : complément de l'adjectif figé

ANALYSE GRAMMATICALE 2 :

que : pronom relatif, introduisant la PSR explicative. Fonction : COD du verbe de la PSR (avais vu / verbe voir)

j' : pronom personnel élidé (je), sujet du verbe "avais vu" (voir).

avais vu : forme verbale de voir, au plus-que-parfait de l'indicatif, 1ère personne du singulier (verbe d'action)

toujours : adverbe, complément circonstanciel de temps du verbe voir

trembler sous le soleil : proposition infinitive, dont l'agent du verbe à l'infinitif (trembler) est le paysage ; complétive du verbe voir.

sous le soleil : groupe nominal prépositionnel, complément circonstanciel de lieu du verbe à l'infinitif (trembler)

dans l'air dansant des chaudes journées : groupe nominal prépositionnel, complément circonstanciel de lieu du verbe voir

dans : préposition

l'air : déterminant (article défini, élidé) et nom au masculin, singulier

dansant : adjectif verbal, épithète liée postposée du nom air, masculin, singulier

des : déterminant (article défini contracté) pluriel

chaudes : adjectif qualificatif, épithète liée antéposée de journées, féminin, pluriel

journées : nom commun, féminin, pluriel


PETIT COURS SUR LES COMPARATIVES

Ce que l'on peut dire, en tout premier lieu, c'est que les linguistes grammairiens trouvent très inadapté le terme de "circonstancielles" pour nommer ces éléments syntaxiques qui expriment la comparaison.

En réalité, ce ne sont ni des subordonnées, ni des circonstances ! Mais il faut bien les nommer, surtout au moment de répondre à une question de concours...

Alors, voici ce qu'on peut en dire :

Un rapport de comparaison s'établit entre deux faits indépendants, grâce à un système d'adverbes et de conjonctions. Ceux-ci introduisent tantôt des éléments verbaux (ce qui facilite la reconnaissance de la "proposition"), tantôt nominaux ou adjectivaux (ce qui entraîne de la perplexité : a-t-on une proposition ou un simple groupe nominal ou adjectival ? Vous vous êtes sûrement posé la question). 

Dans ce dernier cas, il est rassurant de se dire que le verbe est "sous-entendu" : c'est ce qu'on appelle une "ellipse".

Je vous conseille de parler de proposition subordonnée "comparative", le jour de votre concours. Vous pouvez même parler d'ellipse (ou de tournure elliptique), si vous arrivez à deviner le verbe qui manque (voir l'analyse ci-dessus). 

Exemples de ce que vous pouvez avoir à analyser :

Ce manteau est plus épais que tu ne penses. (que tu ne penses : subordonnée comparative, complément de l'adjectif "épais")

Il est plus manuel qu'intellectuel. (qu'intellectuel : subordonnée comparative elliptique ; il est plus manuel qu'il n'est intellectuel)

Moins je bouge, plus je m'ennuie.  (proposition subordonnée comparative, avec utilisation d'un adverbe introducteur. On constate combien l'analyse est discutable car l'on pense à "Je bouge moins, je m'ennuie plus" : deux propositions indépendantes juxtaposées, ou à "Je bouge moins, par conséquent je m'ennuie plus" : une principale et une subordonnée, circonstancielle de conséquence...

C'est pourquoi, il faut essayer de vous en tenir à la syntaxe précise de votre phrase à analyser, sans modifier les éléments de la phrase... Sinon, les fonctions changent aussi. La seule opération mentale "peu risquée" est la recherche de l'élément elliptique.

 

Qu'expriment les comparatives ?

En plus de la simple comparaison entre deux éléments, elles peuvent exprimer :

  • la supposition :

Je lui parle comme si elle avait mon âge.

  • la différence :

Autre est parler, autre est agir.

  • l'opposition :

Si l'effort est nécessaire, le repos est essentiel.

  • l'égalité, avec des expressions doubles :

Autant j'aime le bleu, autant je déteste cet pastel trop clair.

Tel père, tel fils.

  • l'augmentation ou la diminution proportionnelles :

Plus on vieillit, plus on devient sage.

 

LES MOTS SUBORDONNANTS DE LA COMPARATIVE :

  • Des conjonctions de subordination ou des locutions conjonctives : comme, ainsi que, à mesure que, aussi bien que, de même que, selon que, suivant que, d'autant plus que...
  • Des adverbes  de comparaison : aussi, autant, si, tant, mieux, plus
  • Des corrélatifs d'adjectifs (des adjectifs faisant usage d'adverbes de comparaison) : moindre, tel, meilleur, autre...